2026-04-04 10:41:44 - Si le prix de la viande d'agneau française a légèrement baissé par rapport à 2025 où il était à son sommet, il reste très élevé. Et l'importation d'agneau néo-zélandais reste nécessaire pour couvrir toute la demande du printemps, liée aux nombreuses fêtes religieuses. Mais si cet agneau venant de si loin est si peu cher, c'est parce qu'il est beaucoup plus traité.
Le printemps est chaque année la saison où la consommation d'agneau est la plus importante en France. Entre Pâques, qui tombe cette année le 5 avril, Pessa'h (du 1er au 9 avril), et la fin du Ramadan (le 18 mars dernier), qui sera suivie de l'Aïd el Kébir le 26 mai prochain: face à une telle demande, la filière française ne peut pas tenir seule.
C'est la raison pour laquelle, cette année comme les précédentes on retrouve, notamment au supermarché, de la viande d'agneau néo-zélandais. Et ce qui surprend lorsque l'on tombe dessus, c'est son prix. Le kilo de gigot d'agneau néo-zélandais peut se trouver à moins de 10 euros, là où pour la même viande française vous en aurez pour en moyenne 27 euros.
Trois fois moins cher donc, pour un agneau qui a pourtant parcouru près de 20.000 kilomètres. Deux questions peuvent donc se poser. D'abord, pourquoi la France est-elle contrainte d'importer d'aussi loin? Et ensuite, pourquoi ce mouton est-il si peu cher?
Après une envolée en 2025, le prix s'est stabilisé cette année
Sur ce premier point il y a plusieurs choses à dire. La viande d'agneau française est particulièrement chère, et en particulier depuis l'année dernière. Interrogée à l'époque par RMC Conso, la présidente de la Fédération nationale ovine (FNO), Michèle Boudouin, évoquait une hausse du gigot de 34% par rapport à 2024.
Bonne nouvelle, cette année la situation s'est calmée. Le site d'actualité agricole Réussir.fr relevait récemment que le prix moyen pondéré des agneaux s'élevait cette année à 10,37 euros/kg deux semaines avant Pâques, là où l'année dernière il s'élevait à 11 euros/kg. Soit une légère baisse de 6%.
On est donc encore loin du niveau de 2024 où ce prix était d'environ 8,5 euros/kg, il s'agit davantage d'une stabilisation que d'une baisse. Mais qu'est-ce qui à l'époque avait provoqué cette hausse subite?
Michèle Boudouin racontait l'année dernière à RMC Conso que l'année 2024 avait été "un séisme sanitaire avec la fièvre catarrhale ovine". Énormément de troupeaux avaient effectivement été frappés par cette maladie qui a tué beaucoup de brebis. Et donc fortement perturbé la production.
Cette baisse de la production en 2024 s'est donc répercutée sur les prix quelques mois plus tard. Et s'est particulièrement fait ressentir au moment de Pâques.
La production française baisse, il faut donc importer
Mais la fièvre catarrhale ovine ne suffit pas à expliquer à elle seule la crise de la filière. De manière générale, la production ovine baisse. D'après le ministère de l'Agriculture, le cheptel français a perdu 617.000 têtes entre 2013 et 2023. Il compte environ 6,5 millions d'animaux aujourd'hui. Pas de quoi couvrir l'intégralité de la consommation française.
D'après la FNO, seuls 44% de la viande ovine consommée en France en 2023 est d'origine française. Pour que tout le monde puisse trouver de l'agneau à Pâques, nous n'avons donc pas d'autre choix que d'en importer.
Pendant longtemps, les trois principaux pays d'où provenaient les agneaux d'import étaient relativement proches: le Royaume-Uni d'abord (40% des importations en 2022 d'après FranceAgriMer). Suivi de l'Irlande (23%) et l'Espagne (14%).
Mais ces trois pays sont également frappés par un recul de leur production ovine. Pour compenser, la Nouvelle-Zélande, qui représentait 14% des importations en 2022 contre 12% en 2021, envoie de plus en plus d'agneaux dans nos rayons de supermarchés. Et cette viande a la particularité d'être beaucoup moins chère.
L'agneau néo-zélandais a passé des mois dans de l'azote
Que cache ce prix? D'abord sur le plan purement gustatif, la présidente de la FNO le reconnaît: "En termes de qualité, c'est un agneau qui correspond aux nôtres". Mais le consommateur doit avoir plusieurs choses à l'esprit avant de l'acheter.
Pour se retrouver dans nos rayons, il a parcouru près de 20.000 kilomètres. Un voyage au lourd coût environnemental donc. Mais aussi, son conditionnement lors de ce périple n'est pas un gage de la meilleure fraîcheur. Après avoir été découpés en Nouvelle-Zélande, les morceaux d'agneaux sont plongés dans de l'azote liquide afin qu'ils puissent être gardés plusieurs mois.
Une fois arrivés en France, les morceaux sont sortis de l'azote et conditionnés pour être vendus. Cet agneau néo-zélandais acheté en avril a donc été abattu autour de décembre ou janvier dernier. Alors qu'un morceau français est issu d'une bête abattue à peine une dizaine de jours avant sa mise en marché.
La loi de l'offre et la demande explique aussi ce prix si bas de l'agneau néo-zélandais. Le cheptel ovin y atteint 25 millions de têtes, pour seulement 5 millions d'habitants. Ce pays peut donc se permettre de brader sa production à d'autres pays.
Acheter au mieux français, au moins européen
Pour Michèle Boudoin, le consommateur doit agir de manière responsable lorsqu'il achète de la viande d'agneau.
"Le fait qu'il y ait de l'importation est certes un mal nécessaire; nous ne pouvons pas couvrir toute la demande d'agneau français. Mais le consommateur doit soutenir au mieux la filière ovine française, au moins celle européenne qui respecte globalement les mêmes critères de production", plaide cette éleveuse.
Au supermarché, regardez les étiquettes, les prix et les origines. La viande d'agneau irlandaise ou britannique est en général dans les mêmes gammes de prix que celle française. Parfois même un peu moins chère, comme elle arrive directement en carcasse chez nous. Et elle sera normalement tout aussi bonne.
Et si vous tenez absolument à acheter français, mais que vous n'êtes pas prêt à débourser jusqu'à 30 euros le kilo pour du gigot, il y a une solution. Préférez un morceau d'agneau moins cher. L'épaule d'agneau par exemple est tout aussi tendre et savoureuse, et peut se trouver autour de 21 euros le kilo.
RMC- Photo par CREATIVE TOUCH IMAGING LTD / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
: Afrique Monde

