2026-04-05 20:36:20 - Dans un week-end pascal relativement épargné par des événements d'actualité majeurs, l'attention médiatique s'est de nouveau portée sur Saint-Denis. Samedi après-midi, la sous-préfecture du 93 était le lieu d'un rassemblement contre le racisme à l'appel de Bally Bagayoko, le nouveau maire insoumis de la ville, ciblé par de nombreux propos racistes depuis son élection au premier tour des municipales, le 15 mars.
Devant près de 6 000 personnes réunies face à la mairie (selon le décompte transmis par les forces de l'ordre), l'édile, entouré par l'état-major insoumis, Jean-Luc Mélenchon en tête, a dénoncé à la tribune « l'irresponsabilité d'un ensemble de médias racistes qui font prospérer le racisme ». Des propos largement repris dans la presse écrite, au lendemain de ce rassemblement.
L'oubli du Monde et de Libération
Mais un autre épisode marquant semble être passé sous les radars du Monde ou de Libération, qui se sont contentés de raconter le déroulement sans accroc apparent de cette réunion publique. Sans faire mention du passage à la tribune d'Aly Diouara, député insoumis récemment élu maire de La Courneuve, qui s'est lancé dans une diatribe virulente à l'égard du… Parti socialiste.
En revanche, Le Figaro a bien fait mention de cet épisode, qui figure même dans le titre de l'article : « Soutien à la Jeune Garde, le PS hué… À Saint-Denis, un rassemblement contre le racisme avec 2027 dans le viseur ». Deux salles, deux ambiances. Aly Diouara a ainsi fustigé « l’inconséquence du Parti socialiste et de SOS Racisme qui a fait que nous en sommes là aujourd’hui. En 2027, rien à faire de la primaire. En 2027, il n’y a qu’un seul bouclier face à l’extrême droite, c’est celui de l’insoumission. Les socialistes sont des traîtres “H24”. Soit ils se ressaisissent, soit nous devrons les dégager. »
Une prise de parole d'une rare hostilité, alors même que des élus et militants socialistes étaient présents sur place, en soutien de Bally Bagayoko et de la lutte antiraciste. Et qui s'inscrit dans la droite ligne de la passation du 15 mars, lorsque le maire socialiste Mathieu Hanotin, battu par son rival insoumis, a été hué et invectivé aux cris de « Hanotin, casse-toi, Saint-Denis n'est pas à toi ». L'intervention d'Aly Diouara n'a pas manqué de faire réagir une grande partie de la foule, qui ne s'est pas fait prier pour huer copieusement le PS et son premier secrétaire, Olivier Faure. À un an de l'élection présidentielle, ce nouvel épisode rend la réconciliation de ces deux gauches encore plus improbable.
Mais ce n'est pas tout. Selon Le Figaro, le nouveau maire a clairement affiché son soutien à la Jeune garde « antifasciste », pourtant impliquée dans le meurtre de Quentin Deranque. « Nous soutenons les camarades de la Jeune garde », a lancé le maître de cérémonie, selon le quotidien de droite. Un soutien lourd de sens alors que la veille du rassemblement, vendredi, le rapporteur public du Conseil d'État a recommandé de rejeter le recours de cette milice proche de LFI contre sa dissolution. Cette prise de position brille elle aussi par son absence des comptes-rendus de la presse de gauche.
Le SAV du JDD
De son côté, le Journal du Dimanche a volé au secours de CNews, également propriété du groupe Bolloré. « Accusations de racisme, hystérisation du débat : la grande fabrique du mensonge », peut-on lire à la Une de l'hebdomadaire dominical, avec en fond une photo de la mobilisation de samedi.
La rédaction dirigée par Geoffroy Lejeune dénonce ainsi « une manipulation politico-médiatique » à l'égard des médias détenus par le milliardaire breton, promettant par ailleurs de dévoiler « ce que les médias cachent », pointant les « insultes, menaces et agressions » liées à LFI et à l'extrême gauche.
Une manière de minimiser la gravité des insultes. Les 28 et 29 mars, sur CNews, des intervenants avaient notamment établi des liens entre Bally Bagayoko et « la famille des grands singes », lui reprochant également une attitude de « mâle dominant ». Des accusations niées par la chaîne qui conteste « formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus » sur son antenne. Jeudi, le parquet de Paris a indiqué avoir ouvert une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion », après qu'une plainte ait été déposée par l’élu.
Un seul événement, de multiples façons de le couvrir pour un constat quasi-général : à l'instar des élus et militants, les titres de presse manquent, eux aussi, d'un brin de nuance.
Article de La rédaction de Marianne-Photo:Armand Gesquière / Hans Lucas
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