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France - Lafarge : l’ex-PDG condamné à six ans de prison pour financement du terrorisme en Syrie, avec une incarcération immédiate

 Dénouement pour l’affaire Lafarge. Le tribunal correctionnel de Paris a reconnu coupable lundi 13 avril le cimentier français et huit anciens responsables du groupe de financement du terrorisme en 2013 et 2014, pour avoir payé des groupes djihadistes afin qu’ils laissent tourner une usine au milieu de la guerre en Syrie.

 
L’entreprise a écopé de l’amende maximale de 1,125 million d’euros. Le tribunal correctionnel a par ailleurs condamné la société à payer une amende douanière de 4,57 millions d’euros solidairement avec quatre anciens responsables du groupe pour le non-respect des sanctions financières internationales, autre infraction au cœur du procès.
 
L’ex-PDG de 2008 à 2015 Bruno Lafont a écopé d’une peine de six ans de prison avec incarcération immédiate pour financement du terrorisme. L’ex-dirigeant du CAC 40 de 69 ans a été arrêté dans la salle d’audience et aussitôt emmené par des policiers. Sa défense a indiqué faire appel du jugement et déposer une demande de mise en liberté, fustigeant un mandat de dépôt « injustifié ».
 
Le tribunal a par ailleurs condamné sept autres anciens responsables du cimentier à des peines allant de 18 mois à sept ans de prison. Il a aussi prononcé l’incarcération immédiate de l’ex-directeur général adjoint Christian Herrault, condamné à cinq ans d’emprisonnement.
 
Lors du procès en fin d’année 2025, l’accusation avait requis à l’encontre de Lafarge l’amende maximale de 1,125 million d’euros et jusqu’à huit ans de prison ferme contre les huit personnes physiques.
 
Des paiements à hauteur de près de 5,6 millions d’euros
 
L’entreprise française, avalée depuis par le groupe suisse Holcim, a procédé à des paiements à trois organisations djihadistes dont le groupe État islamique (EI), à hauteur de près de 5,6 millions d’euros, a établi le tribunal correctionnel dans son jugement, qui a souligné que cela leur avait permis de « préparer des attentats terroristes », notamment ceux de janvier 2015 en France.
 
« Cette modalité de financement des organisations terroristes, et à titre principal de l’EI, a été essentielle comme participant à la mainmise de l’organisation terroriste sur les ressources naturelles de Syrie, lui ayant permis de financer des actes terroristes sur zone et projetés à l’extérieur, notamment en Europe », a souligné la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez.
 
La société a établi un « véritable partenariat commercial avec l’EI », a-t-elle asséné, observant que le montant versé aux organisations djihadistes, « jamais atteint », participait à la « gravité extrême des faits ».
 
« On avait le choix entre deux mauvaises solutions »
 
Le 16 octobre 2024, trois juges d’instruction avaient ordonné un procès pour financement du terrorisme contre le groupe et huit personnes. Seul l’ancien directeur de la sûreté Jean-Claude Veillard a bénéficié d’un non-lieu.
 
Durant le procès, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d’euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières, au détriment de la sécurité de son millier de salariés.
 
« On peut se laver les mains et partir, mais que seraient devenus les salariés de l’usine si nous étions partis ? », a soutenu en interrogatoire Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge. « On avait le choix entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire. »
 
Décortiquant échanges de mails, comptes rendus de réunions et relevés bancaires, le tribunal s’est plongé de longues semaines durant dans l’engrenage des paiements de Lafarge, via son intermédiaire syrien Firas Tlass, aux groupes État islamique (EI) et Jabhat al-Nosra. Pour le PNAT, les versements aux entités classées comme « terroristes » ont atteint un montant minimal de près de 4,7 millions d’euros.
 
Ce système prévoyait le versement d’argent pour, d’une part, financer l’acquisition d’intrants destinés à la production de ciment, tels que les hydrocarbures ou la pouzzolane, et, d’autre part, assurer des « paiements de sécurité » et permettre aux employés de la cimenterie et aux marchandises de passer les barrages dans la région.
 
« Ahurissant de cynisme »
 
Si les prévenus ont soutenu avoir été victimes de « racket », le terme a fait tiquer la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez, plusieurs messages internes à Lafarge faisant plutôt état de « négociations » ou d’« accords ».
 
« Il y avait cette conviction que (la guerre) n’allait pas durer. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas certaines décisions qui ont été prises », a expliqué Bruno Pescheux, l’un des protagonistes du dossier en tant que directeur de la filiale syrienne de Lafarge de 2008 à l’été 2014. « Cette crise était un tunnel. Tout le monde nous disait que cette crise serait courte, qu’on allait voir la lumière. Mais en fait, la lumière n’est jamais venue », a-t-il dit.
 
À l’audience, les deux procureures du PNAT ont souligné « l’absence totale d’adhésion à l’idéologie djihadiste » des prévenus, mais noté leur « absence de reconnaissance » et de « regrets » sur les faits. Elles ont requis à l’encontre de la société Lafarge l’amende maximale de 1,125 million d’euros ainsi qu’une confiscation partielle du patrimoine à hauteur de 30 millions d’euros.
 
Contre l’ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, qui nie mordicus avoir été au courant des versements illicites, le parquet a demandé six ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt différé mais sans exécution provisoire. Le PNAT estime que Bruno Lafont était bien informé et qu’il a « donné des directives claires » pour maintenir l’activité de l’usine, « un choix purement économique, ahurissant de cynisme ».
 
Malgré les millions versés, la cimenterie de Jalabiya est finalement évacuée par Lafarge dans l’urgence et l’impréparation la plus totale le 18 septembre 2014 face à l’avancée de l’EI. Le lendemain, elle tombe aux mains des djihadistes. Particularité de ce dossier, des victimes du 13-Novembre se sont constituées parties civiles, voyant dans cette affaire l’un des « rouages » des attentats qui ont ensanglanté la France les années suivantes.
 
Le Parisien avec AFP - Photo: BEHROUZ MEHRI
 

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