2026-04-14 16:58:52 - Les révélations sur une unité de mercenaires occidentaux chargée d’assassinats ciblés au Yémen ont d’abord mis en lumière des vétérans américains des forces spéciales. Mais les documents judiciaires et plusieurs enquêtes journalistiques montrent que la société a été créée par un ancien légionnaire et que la première équipe opérationnelle comprenait majoritairement des anciens membres de la Légion étrangère française. Leur présence, peu médiatisée, apparaît pourtant centrale dans la constitution de cette escouade chargée d’éliminations ciblées pour le compte des Émirats arabes unis.
Une unité de mercenaires occidentaux créée pour mener des assassinats ciblés
L’existence de cette unité clandestine est révélée en 2018 lorsque plusieurs enquêtes internationales décrivent la création d’une société militaire privée baptisée Spear Operations Group. Cette structure est fondée par Abraham Golan, un contractant de sécurité d’origine israélo-hongroise lui-même servi ancien de la Légion étrangère française. Les Émirats arabes unis font appel à cette société dans le cadre de la guerre au Yémen afin de mener des opérations clandestines contre des responsables politiques ou religieux considérés comme hostiles à leur influence dans le sud du pays. La mission confiée à l’équipe consiste explicitement à conduire des assassinats ciblés contre des personnalités liées notamment au parti Al-Islah, formation islamiste que les Émirats considèrent comme proche des Frères musulmans. La première opération documentée intervient le 29 décembre 2015 à Aden. L’équipe tente alors d’assassiner le responsable politique local Anssaf Ali Mayo à l’aide d’un engin explosif placé devant son bureau. La cible échappe à l’attaque de quelques minutes seulement. Cette tentative marque le début d’une série d’opérations clandestines menées dans la région dans les mois qui suivent.
Une équipe où les anciens légionnaires sont majoritaires
Les éléments publiés dans les enquêtes journalistiques et évoqués dans des procédures judiciaires indiquent que la première équipe constituée par Spear Operations Group comptait une douzaine de contractants occidentaux. Parmi eux figuraient plusieurs vétérans américains issus des forces spéciales, notamment Isaac Gilmore, ancien Navy SEAL, et Dale Comstock, ancien membre des forces spéciales de l’armée américaine. Mais la majorité de l’unité était composée d’anciens membres de la Légion étrangère française. Plusieurs sources mentionnent la présence d’environ neuf anciens légionnaires dans ce premier détachement opérationnel. Ces hommes avaient quitté la Légion depuis plusieurs années et travaillaient déjà dans le secteur de la sécurité privée ou du mercenariat. Leur expérience militaire dans des opérations extérieures et leur habitude de servir dans des unités multinationales expliquent leur recrutement. Les témoignages recueillis dans les enquêtes indiquent que ces contractants occidentaux ont été intégrés dans les forces armées des Émirats arabes unis une fois arrivés sur place. Ils auraient reçu des uniformes émiratis, des identités militaires locales et des armes fournies par l’armée afin d’opérer sous couverture officielle.
Les noms identifiés dans les procédures et les enquêtes
Les procédures judiciaires engagées aux États-Unis permettent aujourd’hui d’identifier plusieurs figures centrales de ce programme. Le fondateur de l’opération, Abraham Golan, dirige Spear Operations Group et coordonne le recrutement de l’équipe. L’ancien Navy SEAL Isaac Gilmore est présenté comme responsable opérationnel du groupe. Dale Comstock, vétéran des forces spéciales américaines, participe également aux opérations sur le terrain. Les anciens légionnaires qui composaient la majorité de l’équipe n’ont en revanche pas été identifiés publiquement dans les documents judiciaires disponibles. Les enquêtes journalistiques mentionnent leur présence mais leurs noms n’apparaissent pas dans les procédures connues à ce stade. Cette absence d’identification publique s’explique notamment par la structure contractuelle de l’opération et par le fait que les plaintes judiciaires déposées aux États-Unis visent principalement les responsables américains de la société Spear Operations Group.
Un recrutement facilité par les réseaux d’anciens combattants
Les éléments connus montrent que le recrutement de l’équipe s’est largement appuyé sur les réseaux professionnels d’Abraham Golan. Son passage dans la Légion étrangère lui avait permis de constituer des contacts parmi d’anciens militaires européens travaillant déjà dans la sécurité privée ou les sociétés militaires privées. Les recrues ont ensuite été envoyées aux Émirats arabes unis avant leur déploiement au Yémen. Plusieurs témoignages indiquent que certains membres de l’équipe n’ont découvert la nature exacte de leur mission qu’au moment de leur arrivée dans la région. Une fois intégrés dans l’appareil militaire émirati, ils ont participé à des opérations clandestines visant des responsables politiques et religieux dans la ville d’Aden et dans le sud du Yémen.
Des rémunérations plus faibles que celles des vétérans américains
Les enquêtes publiées sur cette affaire soulignent également un facteur économique dans la composition de l’équipe. Les contractants européens, notamment les anciens légionnaires, étaient rémunérés à des niveaux inférieurs à ceux généralement exigés par les vétérans américains des forces spéciales. Des sources citées dans les enquêtes évoquent des salaires mensuels d’environ dix mille dollars pour certains contractants européens, alors que les vétérans américains issus d’unités d’élite peuvent demander des rémunérations nettement supérieures dans les sociétés militaires privées. Cette différence de coût explique en partie pourquoi les anciens légionnaires constituent un vivier recherché par certaines sociétés militaires privées opérant au Moyen-Orient.
Une affaire désormais devant la justice américaine
L’affaire connaît aujourd’hui une nouvelle phase avec l’ouverture de procédures judiciaires aux États-Unis. La cible de la tentative d’assassinat de 2015, Anssaf Ali Mayo, a déposé une plainte devant un tribunal fédéral américain contre plusieurs membres de Spear Operations Group. La plainte accuse les contractants d’avoir participé à une tentative d’assassinat et à des opérations extrajudiciaires au Yémen. Les procédures en cours pourraient apporter de nouveaux éléments sur l’organisation exacte du programme et sur l’identité des contractants impliqués. Elles pourraient également éclairer le rôle précis des anciens légionnaires dans cette unité clandestine dont l’existence a révélé l’ampleur du recours aux sociétés militaires privées dans la guerre au Yémen.
Article de A A - Enderi / Photo:Crédit photo Shutterstock | Enderi
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